Les femmes en aïkido

Aikidojournal Interview

L’aïkido est sans doute un art martial parmi les plus pratiqués par les femmes. Dossier de presse sur le sujet, article dans des magazines féminins, la communication fédérale (en particulier de la FFAAA) contient un volet particulièrement destiné au public féminin. Ce que met en avant la communication institutionnelle de la fédération pour donner cette image d’art martial adapté aux femmes, c’est le versant pacifique et non violent de l’aïkido.
Il est vrai que l’image donnée par les dojos est moins empreinte de testostérone que les dojos de jujitsu ou de karaté. Exception faite de la pratique des armes, la rondeur de l’aïkido, sa dynamique et son apparente absence de sollicitation musculaire donne une image probablement plus attirante pour des femmes que des arts de combat pieds/poings :  j’ai l’impression que les femmes sont plus favorisées que les hommes parce que l’Aïkido demande de la souplesse et de l’agilité, d’utiliser non pas les muscles des épaules ou des bras, mais vraiment l’investissement des hanches. La mixité dans la pratique est aussi un facteur attractif : ne pas se limiter à une pratique purement féminine, jouer sur un terrain d’égalité avec les hommes, sont des modes de pratique en accord avec les revendications et modes de vie actuels d’un grand nombre de femmes.
Pas de force musculaire, pas de violence, l’utilisation des hanches et une technicité importante, tels sont les principaux arguments relevés pour convaincre ou expliquer la présence des femmes sur les tatamis d’aïkido.
Voilà quelques années maintenant que j’use mes zoris dans les dojos d’aïkido, et ce que j’ai constaté, c’est le décalage entre le discours commun, qu’il soit institutionnel ou local, et la réalité des tatamis. Le discours ambiant politiquement correct ne tient pas longtemps quand on constate simplement ceci, pour un tiers de licenciés qui sont des femmes :
• combien d’enseignantes dans les collèges techniques ?
• quelle est la proportion généralement constatée de femmes dans un cours ?
• combien d’enseignantes qui ne soient pas confinées aux cours
enfants ?
• combien de candidates aux examens dan ?

Le collège technique de la FFAAA compte 39 membres, cinq sont des femmes. Parmi les 31 C.E.N. (Chargés d’Enseignement National) de la FFAB, on compte deux femmes. Dans les deux fédérations comptant le plus d’adhérents en France, seulement 7 % de techniciens de haut niveau ayant des responsabilités fédérales sont des femmes. A titre de comparaison, le New York Aïkikaï compte quatre femmes parmi les vingt enseignants de haut niveau dont une 7ème dan et une 6ème dan.
Regardez le public d’un stage « commun » de préparation aux grades, vous y verrez un maximum d’une dizaine de femmes sur le tapis. Au dernier examen dan auquel j’ai assisté il y avait une, voire deux pratiquantes pour chaque jury de sept à huit candidats. Les femmes sont-elles moins soucieuses de marquer leur niveau par l’obtention de grade ?
Ce que j’ai souvent constaté, c’est que le nombre de pratiquantes dans un dojo est d’autant plus élevé que la pratique y est souple. Pour autant les femmes, même si elles y sont moins nombreuses, sont toujours bien intégrées dans des dojos dans lesquels la pratique est plus rude.
En échangeant avec des pratiquantes de tous niveaux, j’ai rencontré diverses attentes, des modes de pratique différents, du plus éthéré au plus martial, du goût pour les armes, une recherche de bien-être, de détente, d’affirmation de soi, un travail technique sérieux et précis. Autant de diversité que l’on peut trouver chez des pratiquants masculins. Je ne suis plus vraiment convaincue qu’il n’y a pas un sujet particulier sur les femmes en aïkido. Mais il y a un véritable sujet pour les organisations de l’aïkido en France pour rompre le plafond de verre, le même que nous rencontrons dans le monde professionnel ou dans le monde politique.

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